Kilian Salut Dewi ! Pourrais tu nous expliquer ce qu'est Ai'ta ? D'où vient le nom ?
Dewi Ai'ta ! est un groupe fondé en 2005 par des jeunes qui pensaient qu'il manquait quelque chose dans le domaine de la langue bretonne : il y a des écoles en breton, des associations de toutes sortes, des partis politiques… Tout ça est important mais souvent démodé. C'est alors que nous avons décidé de créer Ai'ta ! sur le modèle des DEMOS au Pays Basque du Nord. C'est-à-dire un groupe plein d'énergie et d'humour, pacifique et indépendant de tout parti politique. Ceci est important car nous voulons rester neutres, notre combat est la langue bretonne et c'est tout !
Nous avons deux grands objectifs : changer l'image de la langue bretonne chez les gens. Beaucoup d'entre eux ne portent aucun intérêt à cette langue et d'autres pensent qu'il n'y a que des personnes âgées à la parler. Il est temps de changer tout ça et de leur montrer qu'il y a beaucoup de jeunes brittophones, en harmonie avec leur temps et qui souhaitent vivre leur langue au quotidien. Le deuxième objectif est de se battre pour que le breton soit utilisé dans la vie publique, car une langue qui n'est pas utilisée partout est une langue morte.
Pour le moment nous sommes une centaine de jeunes répartis en trois fédérations : Trégor, Pays Vannetais et Léon et quelques personnes à Douarnenez. Nous avions une fédération à Rennes mais qui est en ce moment en stand-by. La langue d'Ai'ta ! est bien sûr le breton, mais nous sommes ouverts à tous, pour être efficace, nous devons être nombreux.
K Quels résultats avez-vous obtenu pour la langue bretonne ?
D Nous commençons à changer l'image de la langue bretonne au sein de la population. Nous essayons d'organiser des événements marrants et imprévisibles, dans la rue ou dans les lieux publics. Nous avons, par exemple, demandé aux habitants de Vannes de venir déposer leur lettre à la Mère Noël fin décembre. Nous lisions ces courriers et traduisions en français instantanément, le tout accompagné de couleurs vives et de musique, attirant ainsi la foule.
Nous avons également beaucoup manifesté auprès de la SNCF afin de donner à la langue bretonne toute sa place dans les gares et les trains. Il serait facile de traduire les panneaux en breton (on voit bien dans bon nombre de lieux des panneaux en anglais ou en allemand), traduire les annonces dans notre langue, proposer aux employés brittophones de pouvoir parler cette langue aux personnes qui le désir. Il y a peu, nous avons pu assister à la signature d'un accord entre le Conseil Régional de Bretagne et la SNCF afin de mettre un peu de breton dans les gares TER, comme à Landerneau. Ce n'est pas grand-chose, mais on peu se dire que les actions d'Ai'ta ! ont été entendues.
La SNCF reste encore têtue : « le breton n'est pas rentable » nous avais été répondu, le breton n'aura donc pas sa place dans les grandes gares comme à Guingamp ou Brest. Or nous pouvons également être têtus et pénibles sur ce sujet. Il y a toujours des projets comme un fest-noz à la gare de Lannion ou d'Auray, et nous sommes prêts à aller plus loin s'il est nécessaire.
K Demandez-vous la même chose sur toute la Bretagne ?
D Nous trouvons des brittophones dans toute la Bretagne aujourd'hui, et cette langue fait partie du patrimoine de la Bretagne. Il serait donc correct de donner la même place à cette langue dans toute la région. Il faut cependant être claire : en ce qui concerne l'affichage, ce n'est pas un problème, en ce qui concerne l'utilisation de la langue, il est claire qu'elle serait plus facile en Basse-Bretagne. Mais tout ceci ne signifie pas que nous sommes contre la langue galèse : il s'agit du même combat.
K A travers vos actions peu ordinaires, vous souhaitez interpeller les citoyens que nous sommes. Quel est leurs réactions fassent à ces événements ?
D Tout d'abord, beaucoup de gens sont étonnés, mais un certain nombre d'entre eux reste discuter avec nous, ce qui est positif. Souvent, des personnes viennent nous voir pour nous soutenir, des jeunes ou des personnes âgées viennent discuter avec nous en breton. Tout ceci est fort sympathique ! Les personnes les plus hostiles ou en colère sont souvent les employés : ils se sentent probablement visé directement, ils n'aiment pas être dérangé dans leur travail. Mais justement, nous cherchons à les déranger le moins possible, et de discuter avec eux pour leur faire comprendre que la situation actuelle n'est pas acceptable. Le plus souvent, les choses se passent bien.
K Est-ce que les partis politiques ont exprimés leur intérêt à vos actions, si oui comment ?
D Pour le moment, seul les élus des partis politiques bretons ont exprimés leurs soutiens à notre combat. Rien des autres partis, ce qui n'est pas étonnant puisque les actions menées jusqu'à présent visaient principalement les entreprises (Poste, SNCF…), et il faut reconnaitre que d'autres organismes, comme l'Office de la langue bretonne, défendent la langue auprès des politiques. Nous avons les mêmes objectifs, seule la manière de le faire change.
K Quel avenir a la langue bretonne ?
D Là, par contre, il est plus difficile pour moi d'être optimiste. La plupart des brittophones sont au delà de 70 ans, et il n'y a pas assez d'enfants dans les écoles en breton. En plus de cela j'ose dire que le breton des jeunes n'est pas aussi riche, on retrouve beaucoup l'influence du français dans le langage, pour ceux qui le parle encore…
J'aurais quelques reproches à faire donc : d'abord à tous ceux qui se disent proche du breton et ne sont pas capable de dire une phrase correctement ! Il faut être cohérent : défendre la langue bretonne c'est avant tout la parler. Second reproche : à tous ceux qui la parle plus ou moins sans faire le moindre effort pour l'améliorer, à l'oral surtout. Et là, y a pas beaucoup de solutions… il faut aller à la rencontre des personnes âgées, parler avec elles, prendre des notes, les enregistrer… L'esprit de la langue est avec elles, et bientôt elles ne seront plus là ! Ce trésor disparaîtra à jamais. Si ceci pouvait être fait par tous ceux qui aiment leur langue, les choses iraient beaucoup mieux. Je ne dis pas que cela est facile, mais c'est comme ça.
Autre chose : selon moi c'est aux Bretons de s'occuper de cette affaire ! Nous avons fait suffisamment l'aumône à Paris. C'est à nous de gérer ce dossier en commençant par créer de nouvelles écoles et former de bons professeurs. A mon avis, le breton devrait être une langue obligatoire à l'école, sinon ce ne sera pas assez efficace. Le système du Pays Basque Sud est intéressant : tous les élèves apprennent le basque : soit comme une matière ordinaire (une ou deux heurs par semaine), soit dans des classes bilingues (la moitié du temps en basque), soit dans des écoles en immersion. A chaque famille de faire son choix.
K Le 7 juin prochain auront lieu les élections européennes, quelle déclaration aurais-tu à nous faire ?
D Je serai heureux de voter pour un parti qui défende les peuples minoritaires. Ceux sans état surtout. Mais je n'ai pas si confiance que ça en l'Europe d'aujourd'hui : la France est toujours trop puissante pour se plier face à ces problèmes. Peut être que je me trompe, et tant mieux alors, mais en attendant : « Sinn Fein ! Ni hon unan ! »
Kilian Gastinger